Philippe de Mézières (1325/1326-1405) mena une vie aventureuse : il fut homme de guerre en Italie, contre les Turcs, puis en France, pèlerin en Terre sainte, chancelier du roi Pierre Ier de Chypre, avant de s’installer à Venise, d’où il chercha à répandre le culte oriental de la Présentation de la Vierge au Temple. Il servit ensuite Charles V de France comme conseiller et comme précepteur du futur Charles VI. Après 1380, enfin, il se retira au couvent des Célestins de Paris : devenu le « Vieil Solitaire », il y écrivit notamment son grand œuvre, Le Songe du Vieil Pèlerin, traité de gouvernement allégorique et moral destiné au roi son ancien élève. Alors qu’il se recueillait au Saint-Sépulcre, sans doute en 1347, Philippe de Mézières eut la révélation qui devait guider sa vie : le projet d’un nouvel ordre de chevalerie, celui de la Passion de Jésus-Christ, voué à libérer les Lieux saints. Il espéra le voir réaliser par le roi de Chypre, surtout lors de la croisade d’Alexandrie (1365). Il en rédigea plusieurs fois la règle et l’adressa aux souverains et à la noblesse de France et d’Angleterre afin d’obtenir leur soutien. Quand une nouvelle croisade fut organisée en 1396 pour secourir la Hongrie contre les Turcs, Philippe de Mézières exprima son opposition. Après le désastre de Nicopolis, il reprit la plume pour s’adresser à Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, dont le fils avait été fait prisonnier, ainsi qu’au roi de France et aux siens, pour leur présenter une dernière fois sa « médecine » contre les maux de la chrétienté : l’ordre de la Passion. L’Epistre lamentable et consolatoire, récapitulant les plaidoyers de toute une vie, apparaît comme le véritable testament de Philippe de Mézières.